Départ

“Demain, je m’en vais traverser la Chine à vélo. Et qu’importe si je n’y arriverai pas, tans pis si ce sera dur. Moi, ma vie j’ai jamais voulu la vivre pour un salaire ou pour réfléchir sur les pistes d’amélioration de la formation professionnelle. Un appart’, à manger, des week-ends, la santé, des amis, encore mieux de l’amour. Maintenant donnez-moi de l’air. Mon téléphone vibre davantage que moi, ça ne va pas du tout.

Je ne sais pas si aller voir plus loin que le bout de mon nez va me mener bien loin. Je sais qu’après avoir fait le tour du monde, je reviendrai au village natal (celui où sont enterrés les miens). Mais j’en ai juste envie, juste besoin. C’est anecdotique, c’est un peu pathétique, mais j’y vais quand même.”

François Picard, Le temps du Pollen

Demain je prends la route. Je rejoins la mer pour qu’elle nous mène, mon vélo et moi, à travers l’horizon et au délà. Traverser l’océan voir ce qui s’y trouve derrière. Embarquer sur ce village flottant, au milieu des marchandises et de ceux qui les amènent à bon port. Je vais quitter à l’aube la ville et ses lumières.

Je tournerai une dernière fois la clé dans la serrure, je chargerai mon vélo sur mon dos pour descendre les escaliers, et dehors, en cette matinée de juin, je donnerai le premier coup de pédale. Celui qui retentira comme le tir des balles à blanc du pistolet de départ, pour une course sans but, et sans chronomètre. L’adrénaline laissant son empreinte, profonde.

Il n’y aura alors plus rien. Il n’y aura plus le stress des préparatifs et toutes les tracasseries du quotidien, les détails qui nous perdent, il n’y aura plus le doute sur ce qu’on fait et sur comment le faire. Il n’y aura plus la peur.

Il n’y aura que moi, mon vélo, et la route qui s’étire à perte de vue.

Après un faux départ, il y a toujours un deuxième départ

La nouvelle est tombée lundi. Mon cargo ne part plus. Enfin je ne pars plus avec. Il faut encaisser tout ça en silence, et dans l’urgence trouver une solution de repli (d’où l’utilité ici inenvisagée d’avoir un plan B). Les intermédiaires sont vite éliminés de la course et il s’avèrera que la première date disponible est celle du 2 juillet. Je partirai le 2 juillet. Soit deux semaines plus tard.

Et en attendant? J’ai bien pensé à m’expatrier en Belgique, ou dans le sud, sur mon beau vélo. Mais après tout 10 jours sur Paris ce n’est pas la mer à boire (ni à traverser). Et après avoir mis autant d’énergie dans ce projet, se reposer et profiter calmement de la capitale ne seraient peut-être pas déplaisants. Prendre le temps de terminer les préparatifs pour partir plus sereine.

Nouveau départ le 29 juin à l’aube, direction le Havre à vélo.

Préparatifs, adrénaline et silence

Cela me fait bizarre de leur dire tous au revoir. Enfin, qu’ils me disent tous “Bonnes vacances” avec un ton d’adieu. Ils me rappellent à moi-même que je pars. Que je m’embarque loin. Et longtemps.

Ce grand vide que je ressens à l’intérieur au sortir de Lisbonne, des examens et de notre baptême de capoeira (mais aussi de ce film – même si la bande annonce n’est pas très représentative à mon goût). Il y a un silence profond qui résonne. Il y a eu tout ça. Et maintenant plus rien. Si ce n’est la perspective floue de ce voyage qui approche, et l’adrénaline qui monte à l’idée de tout ce que j’ai encore à préparer et tout ce que je vais vivre. Et je suis à fleur de peau. La moindre émotion me submerge et me bouleverse, comme un appel d’air et c’est la vie qui m’habite soudain, la vie que je respire et dont j’emplis mes poumons. Je me sens terriblement vivante. Au point de savourer chaque seconde de peur d’en perdre une miette, quitte à fuir le sommeil.

Et parfois que je me dis que je dois faire erreur de les quitter. Parce que tout est dans leurs sourires, dans leurs mains qu’ils me tendent, dans leurs bras qu’ils m’ouvrent. Alors pourquoi partir, pourquoi les laisser alors que tout est là? C’est qu’il doit y avoir un ailleurs. Un quelque-chose autrepart qui m’appelle et qui doit en valoir la peine au moins tout autant.

Même si je sais que ce sera dur, que la route sera longue parfois et la solitude probablement plus pesante que prévu. Mais tant pis. Partons. Personne ne peut savoir.

On ne peut pas deviner la force qu’ils auront dans mon coeur une fois que je serai loin d’eux.

Rio Delhi

La version courte:
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Et la version longue (pour les plus courageux :)):
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Voyage réalisé à l’été 2009.