“Demain, je m’en vais traverser la Chine à vélo. Et qu’importe si je n’y arriverai pas, tans pis si ce sera dur. Moi, ma vie j’ai jamais voulu la vivre pour un salaire ou pour réfléchir sur les pistes d’amélioration de la formation professionnelle. Un appart’, à manger, des week-ends, la santé, des amis, encore mieux de l’amour. Maintenant donnez-moi de l’air. Mon téléphone vibre davantage que moi, ça ne va pas du tout.
Je ne sais pas si aller voir plus loin que le bout de mon nez va me mener bien loin. Je sais qu’après avoir fait le tour du monde, je reviendrai au village natal (celui où sont enterrés les miens). Mais j’en ai juste envie, juste besoin. C’est anecdotique, c’est un peu pathétique, mais j’y vais quand même.”
François Picard, Le temps du Pollen
Demain je prends la route. Je rejoins la mer pour qu’elle nous mène, mon vélo et moi, à travers l’horizon et au délà. Traverser l’océan voir ce qui s’y trouve derrière. Embarquer sur ce village flottant, au milieu des marchandises et de ceux qui les amènent à bon port. Je vais quitter à l’aube la ville et ses lumières.
Je tournerai une dernière fois la clé dans la serrure, je chargerai mon vélo sur mon dos pour descendre les escaliers, et dehors, en cette matinée de juin, je donnerai le premier coup de pédale. Celui qui retentira comme le tir des balles à blanc du pistolet de départ, pour une course sans but, et sans chronomètre. L’adrénaline laissant son empreinte, profonde.
Il n’y aura alors plus rien. Il n’y aura plus le stress des préparatifs et toutes les tracasseries du quotidien, les détails qui nous perdent, il n’y aura plus le doute sur ce qu’on fait et sur comment le faire. Il n’y aura plus la peur.
Il n’y aura que moi, mon vélo, et la route qui s’étire à perte de vue.